Au Bangladesh, quand la culture triomphe sur le passé

Le gouvernement bengali vient d’inaugurer à Dacca, la capitale du pays, un musée occupant les locaux de la plus ancienne prison du pays. Cette-dernière était auparavant connue pour avoir été le lieu de détention d’un grand nombre de prisonniers politiques et le théâtre de plusieurs assassinats.

La Prison centrale de Dacca (Dhaka Central Jail pendant l’occupation britannique) a été ouverte à cheval entre le XVIIIe et le XIXe siècle et était de ce fait, jusqu’il y a quelques mois, la plus ancienne prison du pays encore en activité. Elle occupe l’emplacement d’un ancien fort Moghol qui, tombé en ruine, fut rénové par les britanniques et transformé en prison. De plus, jusque dans les années 1830, elle accueillait aussi une station de police et pouvait contenir jusqu’à 800 détenus. Il faut encore attendre quelque année avant de la voir se convertir en la prison centrale de tout le Bengale oriental. Le Bengale oriental était alors une des deux provinces du Bengale : en 1947 elle obtint son indépendance vis à vis de Raj britannique (tandis que le Bengale occidental, avec Calcutta comme chef-lieu, devenait une province de l’Union indienne) puis 1971 elle se détache du Pakistan pour devenir l’actuel Bangladesh.

C’est dans cette prison que, le 26 mars 1971, Sheikh Mujibur Rahman (futur « père fondateur du Bengladesh ») est enfermé sur ordre du président pakistanais Yahya Khan, dont dépend alors le Bengale oriental, pour avoir déclaré l’indépendance du Bengladesh. Cette évènement est considéré comme l’élément déclencheur de la Guerre de libération du Bengladesh qui mènera à l’indépendance du pays neuf mois plus tard. Rahman sort de prison le 22 décembre 1971 et deviendra le premier ministre bengali en janvier de l’année suivante puis le président du pays à deux reprises. Il n’est toutefois pas le seul prisonnier politique à avoir fréquenté la prison à cette époque, de nombre opposants politiques, souvent communistes y ayant également été enfermés à la fin des années 1960 et au début des années 1970.

En août 1975, le président Rahman est assassiné lors d’un coup d’état militaire. Khondaker Mostaq Ahmad prend le contrôle du pays et fait enfermer puis tuer les anciens soutiens de Rahman. C’est ainsi que quatre leaders politiques bengali proches de Rahman, dont les ex-premier ministres T. Ahmad et M. M. Ali, sont enfermés à la Prison centrale de Dacca puis assassinés dans leurs cellules le 3 novembre 1975. Alors que le pays est dirigé par le président Ershad entre 1983 e 1990, la prison connait une recrudescence du pourcentage de prisonniers politiques avec de nombreux détenus enfermés pour leur adhésion à la Ligue Awami, organisation socialiste dont fait partie l’actuelle première ministre Sheikh Hasina. Jusqu’au début de l’année 2009, date de l’entrée en fonction de l’actuelle première ministre bengali Sheikh Hasina, de nombreux prisonniers politiques, provenant de plusieurs partis d’opposition, sont toujours détenus dans la Prison centrale de Dacca.

Durant ces dernières années, la prison accueillait jusqu’à 7500 détenus alors que sa capacité d’accueil ne s’élevait normalement pas au-dessus de 2600 personnes. Sa surcharge était d’ailleurs à l’origine de conditions d’hygiène déplorables. Une nouvelle prison, pour remplacer la Prison centrale de Dacca, a donc été construite en périphérie de la ville avec une capacité d’accueil plus importante, un centre hospitalier et un centre de formation ainsi que l’accès à l’électricité. Elle a été inauguré ce dimanche 18 décembre par la première ministre bengali Sheikh Hasina, fille de l’ex-détenu et président Rahman. La transformation de la Prison centrale de Dacca en un musée dénote d’une belle victoire de la culture sur le passé et de l’évolution des mœurs carcérales.

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