Interview de Lewis Gordon (1/2)

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Lewis R. Gordon par Sula Solomon (Novembre 2015)

Lewis Ricardo Gordon est un philosophe afro-américain d’origines juives et jamaïquaines né en 1962. Il est notamment professeur de philosophie à l’Université du Connecticut, professeur honoraire à l’Université Rhodes en Afrique du Sud, fondateur du Centre d’étude des Juifs africains ainsi qu’ancien président de l’Association philosophique des Caraïbes. S’intéressant particulièrement aux domaines de la philosophie africaine et de l’existentialisme noir, il est considéré comme le père de la phénoménologie postcoloniale. Dans cette première partie, il nous parle de sa vie depuis son enfance en Jamaïque puis dans le Bronx jusqu’à aujourd’hui.

  • Né en Jamaïque, vous avez grandi à New-York dans le Bronx avant d’aller étudier la philosophie et les sciences politiques au Lehman College puis à l’Université de Yale. Vous êtes aujourd’hui professeur de philosophie à l’Université du Connecticut ainsi que professeur honoraire à l’Université Rhodes en Afrique-du-Sud. Qu’est-ce qui vous a poussé à étudier dans ces domaines puis, plus tard, à embrasser une carrière universitaire ?

La vie offre beaucoup de paradoxes. On se demande où l’on va et quand on y est, on se rend compte que c’est là où l’on devait aller comme s’il s’agissait ou d’un choix ou du destin. En rejetant le destin, cela signifie que je choisissais où je voulais aller. Les options facilitant un tel choix ont cependant dû apparaître. Il en est de même pour les éventualités de la vie. Quand j’étais un petit garçon en Jamaïque, je savais que j’aimais au moins trois choses autres que ma famille : (1) la musique, (2) les histoires et (3) l’apprentissage du monde. Je me rappelle de moi, allongé sur le dos et regardant vers les étoiles, majestueuses par leur nombre et la vue que m’offrait cette île dans laquelle, à cause du faible nombre de réverbères, la nuit était glorieuse. J’ai réalisé quand j’étais enfant qu’il y avait tellement plus que nous (les êtres humains) dans le monde, pourtant il était merveilleux que nous pouvions tout expérimenter et voir de tant de choses. Je me souviens avoir prêté attention à tout : la caresse du vent de la mer des Caraïbes, l’odeur des fleurs dont le nectar était sucé par les oiseaux et les papillons, le beau regard de la pluie tombant sous soleil et bien plus encore. Personnellement, la parole est apparue très tôt chez moi, dès l’âge de trois mois. Mes parents me le rappellent souvent, bien que mes souvenirs ne me le rappellent qu’approximativement. C’était l’année de l’indépendance de la Jamaïque vis-à-vis de la Grande-Bretagne et toutes sortes d’événements spéciaux l’ont suivi, y compris l’apparition de la nouvelle station de télévision du pays. Le monde s’étendait et les conversations se diversifiaient. J’aimais écouter les différents sujets dont mes tantes parlaient, je n’étais qu’un enfant sur leurs genoux et finalement un petit garçon qui jouait d’abord dans la maison de mes arrière-grands-parents puis dans une série d’autres maisons tandis que ma jeune et belle mère tentait de se frayer un chemin à travers cette île nouvellement indépendante, avec son remariage et la naissance de deux autres enfants. Les événements qui ont mené à notre départ de l’île prendraient trop de temps à expliquer ici, mais en bref résumé ma mère a quitté son mari, a déménagé aux États-Unis (avec seulement 5 dollars américains en poche), et a lutté pour pouvoir être réunie avec ses trois fils. J’ai été laissé chez des proches parents du côté de mon père. Ils étaient sadiques avec moi alors quand ma mère a réussi à me conduire aux États-Unis à l’âge de 9 ans, j’ai présenté une oraison de ses abus qui aurait pu rivaliser avec les meilleures de Périclès ou de Frederick Douglass. Donc, malgré mon arrivée avec un visa de touriste, je suis resté, et j’ai vécu la décennie suivante avec les inconvénients familiers à tous les immigrants sans papiers. Je suis devenu résident permanent dans le cadre d’une amnistie de l’administration Reagan, dont l’espoir était en réalité de recueillir des électeurs latino-américains plus conservateurs, et je suis devenu par la suite un citoyen américain. Les histoires entre ces deux points sont trop nombreuses pour cette interview. Je me souviens de mon arrivé à New York, qui du point de vue d’un enfant de la Jamaïque était choquante, car elle ne ressemblait pas à la ville magique des magazines et de la télévision. Nous vivions dans le sud du Bronx et sur la route de l’aéroport j’ai vu beaucoup d’indignités, comme un enfant de la Jamaïque postcoloniale aurait pu voir ces choses. Les ordures étaient partout, les gens semblaient sans vergogne avec leurs vêtements et leurs manières, les bâtiments et les trottoirs sentaient l’urine, du vomit et des excréments de chien étaient partout. Pour aggraver les choses, les gens étaient méchants. Ils ne rataient aucune occasion de pouvoir dégrader quiconque semblait vulnérable. Bien que pour cela mes frères et moi devions traverser la ville au milieu des agressions, des nombreux combats de rue et des attaques racistes issues de l’ignorance des frontières invisibles, j’aimais l’école. Les années 70 ont été un moment où l’État providence des États-Unis a tenté d’investir dans ses infrastructures, qui comprenait les écoles publiques non seulement pour les enfants mais aussi pour les adultes. C’était merveilleux de rencontrer des enfants provenant de tant de lieux différents, même s’il y avait des tensions. Les écoles où je suis allé comptaient un grand nombre de Noirs et de Portoricains (y compris des Afro-Portoricains) et les Blancs étaient surtout représentés par les Italiens. Il y avait des Juifs blancs (c’était la première fois que je rencontrais des Juifs blancs d’ailleurs), contre lesquels j’étais étonné de voir des attaques dégradantes comme des personnes leur jetant des pennies. Les majorités catholiques des enfants ne savaient pas que j’étais juif et c’était étrange pour moi puisque la Jamaïque était un endroit avec une identité nationale noire dans laquelle, en tant que Jamaïcaines, certaines familles étaient « noires » malgré qu’elles comptaient des membres avec des couleurs de peaux allant de très claires à sombre ou même des Asiatiques. Mes ancêtres n’étaient pas seulement des juifs (des juifs palestiniens et des juifs séfarades irlandais par ma mère), mais aussi des indiens tamouls (également par ma mère) et des chinois (par mon père) en plus d’Africains du Liberia, du Ghana, et de l’Afrique de l’Est notamment d’Égypte et d’Éthiopie. Des membres de ma famille se sont aussi déplacés dans les différentes îles, donc j’ai également une ascendance cubaine et panaméenne. Ainsi, il ne m’était pas venu à l’esprit que ma grand-mère irlandaise juive et tamoule aurait été considérée comme « blanche » si elle était née aux États-Unis, ou du moins pas noire. J’ai aussi été choqué par la haine envers les Noirs. Ce n’est pas qu’il n’y avait aucun racisme anti-noir en Jamaïque. C’est juste qu’aux États-Unis il prenait des formes violentes et ouvertement discriminatoires. Alors que j’étais au collège, j’ai été le témoin des scènes où plusieurs groupes de blancs en colère et portant des armes étaient prêts à nous attaquer, d’ailleurs la forte utilisation du mot « nègre » à cette époque dit tout. Quoi qu’il en soit, au milieu de tout cela se trouvait aussi la beauté et la gentillesse. J’ai découvert ma capacité à apprendre rapidement à jouer des instruments de musique et j’ai développé un amour inébranlable pour les sciences naturelles (l’astronomie, la chimie et la biologie) au point de mener de nombreuses expériences chez moi. Je me souviens avoir clairement essayé de comprendre comment les choses matérielles peuvent l’être, et je me rappelle avoir attribué un « son » à la réalité, comme s’il y avait des fréquences à travers lesquelles toutes les choses qui sont liées entre-elles peuvent interagir pour obtenir un effet dont la conséquence est leur matérialité. J’aimais aussi écrire, et j’écrivais si souvent que mes professeurs mettaient du temps pour lire mes histoires et mes essais à ma classe. Oui, j’étais un enfant bizarre. Cela ne m’empêchait pas d’avoir des amis, mais mes amitiés étaient toujours fondées sur l’émerveillement mutuel. Quoi qu’il en soit, j’offre trop. Je vais simplement accélérer les choses et dire que je suis devenu un musicien et que j’ai continué à écrire. En chemin, j’ai eu de grands professeurs. Ils vont de celui qui m’a donné mes premières encyclopédies à la fin de ma 6ème à un autre qui m’a donné ma première copie de L’Autobiographie de Malcolm X en 4ème, à un merveilleux professeur gay lors de ma 3ème qui a passé beaucoup de temps avec moi discutant de Marx et Hegel et de leur philosophie de l’histoire, aux nombreux grands musiciens de jazz avec lesquels j’ai travaillé au Jazz Mobile à Harlem (comme Frank Foster, Freddie Waits, Charlie Persip, Billie Taylor et Eddie Locke), à ma professeure de musique dans l’enseignement secondaire qui m’apprenait les groupes de musique et la théorie musicale. Je n’avais pas l’intention d’aller à l’université. Je jouais de la musique la nuit et je faisais des emplois payés au salaire minimum pendant la journée. J’ai fini par m’inscrire à l’université où ma petite amie était inscrite et je suis tombée amoureux de l’apprentissage de telle manière que j’ai pris de nombreux cours, j’ai fini dans un programme spécial appelé le Lehman Scholars Program (LSP), qui était dirigé par le classiciste, poète et amateur de jazz Gary Schwartz, je me suis aussi impliqué dans le monde dynamique de l’activisme universitaire à travers la Black Students Union (qui fut mon premier lien avec le mouvement anti-apartheid). J’ai obtenu un diplôme avec en philosophie et en science politique avec une solide expérience dans les classiques (en raison du LSP) et des honneurs triples pour les thèses que j’ai écrit dans les deux disciplines et le programme d’honneur. Je suis également devenu membre de Phi Beta Kappa. J’ai passé le reste des années 1980 à jouer du blues, du jazz et du rock’n’roll à New York City ainsi qu’à enseigner à l’école secondaire, où j’ai créé un programme spécial pour les élèves absentéistes. On l’appelait « The Second Chance Program » (le programme de la seconde chance). Nos élèves étaient si difficiles que nous avons été informés que « succès » signifiait que 10% obtiendraient leur diplôme d’études secondaires. Nous avons régulièrement atteint un taux de 85%. Les détails des innovations que nous avons développées dans le cadre de ce programme prendraient trop de temps pour cette interview. Disons simplement qu’avec un tel succès, on m’a demandé d’écrire une étude sur le programme. En faisant cela, il m’est apparu qu’une chose n’aurait pas de sens pour l’administration scolaire. Nous avons finalement réussi parce que nous avons respecté l’action de nos étudiants. Nous avons embrassé leur humanité. Cette observation s’est glissée en moi sous la forme d’une question qui a imprégné ma carrière intellectuelle : pourquoi est-ce que même si nous sommes conscients d’être des êtres humains, il nous importe tant d’être traités comme tels ? Quand les gens sont traités comme des humains, ils grandissent ; quand ils sont niés, ils se fanent. Je me préoccupais du potentiel humain. Il y avait beaucoup de changements intellectuels ici et là, j’avais fait des études dans des domaines allant de l’économie à l’esthétique tout au long de mon cursus avant d’entrer à l’Université de Yale pour étudier la philosophie. Je pensais que cette question du potentiel serait mieux explorée en approfondissant profondément les théories d’Aristote sur la potentialité. La grande savante d’Aristote, Sarah Waterlow Broadie, y était. Elle estimait que je devais élargir mes horizons et comme j’avais seulement étudié la philosophie analytique elle m’a donc recommandé que d’assister au séminaire de Maurice Natanson sur Jean-Paul Sartre. Cette expérience auprès de Natanson fut comme un amour dès le premier regard, pour ainsi dire. Il était phénoménologue et également professeur de psychiatrie et de littérature. Il devint mon mentor, bien que j’aie aussi travaillé avec la grande logicienne Ruth Barcan Marcus et plusieurs autres professeurs importants. Mon comité de thèse se composa finalement de Jonathan Smith, le célèbre universitaire de philosophie américaine et d’idéalisme allemand, et de M. Shawn Copeland, avec qui j’ai étudié la théologie de la libération noire, la théologie féministe, la théologie politique et la pensée politique afro-américaine. Beaucoup d’autres choses se sont produites pendant ces trois ans et demi à Yale. Je suis devenu un organisateur réunissant des groupes politiques de gauche à travers tout le New Haven, en particulier grâce à mon travail avec le Black Graduate Network et un groupe appelé Brothers Getting Busy (qui était organisé par un frère appelé Shabazz qui a ensuite souffert plusieurs tragédies terribles). Nous avons été assez efficaces pour faire pouvoir fermer la majeure partie de la ville de New Haven lors d’une grève du personnel à l’université. J’ai travaillé avec toutes les institutions religieuses, et même avec un groupe à l’avant-garde de l’activisme de prévention du sida en raison de la discrimination que nous avons vu contre ceux qui souffraient de cette pandémie à l’époque. En y réfléchissant, je ne sais pas comment ma collègue Renée White (avec qui j’ai co-dirigé le Black Graduate Network) et moi avons réussi à faire tellement en si peu de temps. J’ai aussi continué à jouer du jazz durant ces années-là, avec un trompettiste nommé Greg Hampton et parfois avec le bassiste Jeff Harmon (qui était alors activiste et travaillé à l’UPS et qui est maintenant, en passant, le mari de Renée White). Mon travail intellectuel à cette époque était d’abord formel (j’écrivais une étude de la logique déontique de 90 pages), puis de plus en plus sur la question de savoir ce que cela signifiait d’engager une relation entre l’être humain et la réalité radicale. Il m’a semblé que non seulement la question, mais aussi l’interrogateur de celle-ci devaient être interrogés. Le résultat fut ma dissertation : La mauvaise foi et le racisme anti-noir : une étude de la Philosophie de Jean-Paul Sartre, sur laquelle j’ai travaillé à « vitesse délibérée » avec le conseiller pédagogique que m’avait conseillé Natanson, dans l’esprit de Brown contre le Conseil d’éducation de Topeka Kansas. Le premier jet fut terminé en quatre mois et par conséquent nous avons passé le reste de l’année à le réviser environ 10 fois, et j’ai obtenu mon diplôme avec une défense pour laquelle j’ai obtenu une « distinction » en avril 1993. J’avais initialement espéré retourner au Bronx pour enseigner dans les communautés d’immigrants d’où je suis venu, mais ces lieux d’enseignement n’étaient pas intéressés par moi, alors je me suis adressé, sur l’avis de Natanson, aux grands lieux de recherche du pays. On m’a offert un entretien à Yale, mais j’ai décidé que je voulais en savoir plus sur le monde. Mon intérêt n’a jamais été simplement académique, c’est pour cela que je suis parti d’abord dans le Midwest à l’université Purdue (ce qui a fait penser à beaucoup de mes collègues que j’étais fou), où j’ai développé une amitié à vie pour Leonard Harris et William McBride, puis à l’université Brown, où il en fut de même avec Paget Henry. J’en suis finalement retourné à mon intérêt pour l’éducation publique et j’ai décidé d’aller enseigner à l’université de Temple, bien que des collègues souhaitaient me recruter à l’université de la Pennsylvanie. Finalement, appréciant les initiatives prises à UCONN (l’université du Connecticut) et en particulier celle du Département de philosophie, je suis venu ici pour faire partie de cette communauté créative dans le but de construire quelque chose de spécial. Pendant ce temps, j’ai participé à la fondation de plusieurs organisations et associations tout en continuant mon travail sur la scène mondiale, ce qui m’a conduit à travailler également en Afrique du Sud, en Jamaïque et en France.

  • Vous êtes le fondateur du Center for Afro-Jewish Studies (Centre d’étude des Juifs africains) ainsi que le président de l’Institute for the Study of Race and Social Thought (Institut d’étude sur la race et la pensée sociale) et, de 2003 à 2008, de l’Association philosophique des Caraïbes. Quels sont les buts de ces organismes ?

J’ai souvent remarqué le manque de représentation du peuple juif non seulement aux États-Unis, mais aussi à travers le monde. En voyant des juifs non blanc, tout à coup on se rend compte il n’y a pas seulement des juifs blancs, bien que ces-derniers dominent de telle manière qu’on les imagine souvent comme les représentants authentiques du peuple juif. Mon travail sur la théorie de la race m’a conduit à prendre conscience du manque de compréhension de cette question. Il y a des Juifs, par exemple, qui sont noirs dans un pays et blancs dans d’autres. Le mouvement perpétuel des peuples juifs et de ses diverses communautés devenant hégémonique par leur présence dans différents empires a pour conséquence un changement constant entre visibilité et invisibilité. Pire encore, tous les groupes de juifs que j’ai rencontré se sont affirmés comme des Juifs authentiques (les lecteurs de mes travaux savent que je suis très critique des récits d’authenticité). Quoi qu’il en soit, l’invisibilité de la diversité juive a conduit à mon souci de changer cela. Ces efforts ont commencé pendant mes années d’enseignement à l’Université Brown, où j’étais aussi le mentor de la faculté du Club Juif Multiracial, puis, poussé par mon ami et étudiant Walter Isaac, j’ai rejoint un groupe de recherche à San Francisco intitulé Be’Chol Lashon («In Every Tongue»), où j’ai rencontré le célèbre démographe et sociologue urbain juif Gary Tobin. J’ai toujours rejeté la pensée selon laquelle les idées pourraient vivre sans lieux pour les accueillir. J’ai donc travaillé à construire des institutions pour leurs offrir des conditions matérielles d’existence. J’ai fondé le Center for Afro-Jewish Studies ainsi que l’Institute for the Study of Race and Social Thought comme des lieux qui permettraient les recherches dans ces domaines. On me demande souvent pourquoi j’ai choisi le titre d’études juives africaines pour le premier, puisque le centre a étudié toute la gamme des communautés juives. Ma réponse était qu’un « Centre pour la diversité juive » signifierait, dans l’esprit de beaucoup, un centre pour l’étude des Ashkénazes, des Mizrahims et des Séfarades. La diversité raciale et ethnique juive serait obstruée. Les « études juives africaines » ont contraint les gens non seulement à se poser des questions importantes, mais aussi à penser différemment les juifs. L’Institute for the Study of Race and Social Thought a été fondé comme un lieu de travail créatif pour les sciences humaines, en particulier pour l’étude des domaines éponymes. L’Association philosophique des Caraïbes a quant à elle été fondée avec une conviction similaire : les idées émergent des communautés et celles-ci ont besoin d’institutions pour se développer. La devise de l’association est « changer la géographie de la raison ». Nous avons visé à ne pas imiter les organisations des pays du Nord, mais plutôt à penser différemment et à développer des modèles professionnels alternatifs. Nous prenons au sérieux l’observation de Frantz Fanon selon laquelle chaque génération a sa mission à accomplir ou à trahir. Tandis que nos présidents servent un mandat, nous nous concentrons sur la culture du leadership de la jeune génération. Ainsi, les gens qui dirigent maintenant l’organisation faisaient encore leurs études supérieures quand elle a été fondée, et il y en a même quelques-uns au sein de la direction qui étaient encore au lycée à l’époque. Nous avons ensuite établi des liens avec les communautés francophones, hispanophones, lusophones et néerlandophones des Caraïbes, avec les communautés amérindiennes des Premières nations des Amériques, avec des organisations en Afrique, en Asie, en Europe et en Amérique du Sud, nous avons développés diverses éditions comme des journaux ou des séries de publications, créés des prix internationaux destinés les étudiants et remis pour leurs réflexions sur les pays du sud, et nous avons même créé une école d’été. Cela s’explique en grande partie par la créativité que chaque président et vice-président successif, accompagnés des membres de la direction, ont pu apporter à l’association.

Interview de Lewis Gordon réalisée par E. Michaut

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