L’abstention active, ce nouvel outil politique

Depuis les dernières décennies, le taux d’abstention a augmenté considérablement en France (presque 60% aux élections européennes de 2009, 45% aux dernières législatives, 50% au premier tour des dernières régionales, 50% aux dernières départementales, etc …). Bien que de nombreuses raisons soient évoqués, le rejet de la classe politique et de la politique française en général semble en être le principal motif.

Parmi les très nombreux motifs à l’abstention qui ont été soulevés on notera l’incapacité des politiques aussi bien de droite que de gauche à résoudre des problèmes sociétaux majeurs, les affaires judiciaires et scandales (comme les récentes Affaire Fillon ou Le Pen pendant cette campagne présidentielle) que trainent une grandes partie des personnalités politiques françaises ou encore leur détachement face aux questions quotidiennes du peuple ainsi que l’aspect totalement déconnecté de la réalité d’une grande partie de nos dirigeants (l’exemple du pain au chocolat selon Copé est significatif). De plus, cet abstentionnisme se ressent encore plus au sein des classes sociales pauvres de la population tandis que celles plus éduqués ont tendance à être plus engagé et à aller voter.

L’attention des grands médias commence aussi à être attiré par le phénomène de l’abstention et du vote blanc. Un récent article paru dans le journal Le Monde sur la ville de Roubaix, connu pour être celle où l’abstention est la plus forte de France, illustre bien le nouvel intérêt pour cette situation souvent mal comprise par le monde médiatique et politique. Toutefois, cet article a le mérite de mettre le doigt sur le fait que l’abstention d’aujourd’hui est principalement un acte volontaire et politique. De plus, il faut noter que le fait de se désintéresser de la politique française et, en soit, un acte politique dénonçant l’incapacité des partis politiques à proposer un renouvellement et de réelles solutions aux problèmes français (je dis français mais cela peut s’appliquer à une grande partie des démocraties capitalistes occidentales actuelles). Outre les contestataires ayant fait de l’abstention un moyen politique, ceux ne votant pas par indifférences (auparavant considéré comme abstentionnistes passifs) font cependant, sans le savoir, un acte politique inconscient révélateur des problèmes de la société. Ainsi, mis à part ceux n’ayant pu voter en raison d’un empêchement quelconque, tous les autres peuvent alors être considérés comme abstentionnistes actifs.

L’abstentionnisme actif est donc un acte de rejet de la classe politique et de ses acteurs mais aussi du système politique actuel qu’ils ne cautionnent pas. Prôné par certains courants anarchistes depuis le siècle dernier, l’abstentionnisme volontaire de ces-derniers exprime leur rejet du système basé sur le principe de la démocratie représentative (c’est-à-dire un système gouverné par des représentants, incarnant le pouvoir et élus par le peuple). Mettre dans des cases tous les abstentionnistes actifs serait pourtant une grave erreur car leur catégorisation mènerait à une marginalisation de ces-derniers dans le processus de réflexion politique alors qu’ils en sont pourtant un des éléments clés montrant les limites et les dérives de notre système et de la démocratie représentative. Ce phénomène de société devrait plutôt être pris en compte et nous encourager à repenser partiellement ou totalement notre politique.

E. Michaut

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