« L’Italie ne doit pas céder à la pression anti-migrants »

Depuis le début de la crise des migrants, l’Italie a occupé une place particulière dans l’arrivée des réfugiés en Europe. Elle est en effet le point central de passage du troisième itinéraire le plus emprunté par les migrants après la route des Balkans et celle greco-bulgare. En 2015, plus de 157 000 réfugiés pour la plupart originaires d’Erythrée et du Nigeria étaient parvenus en Italie par voie maritime depuis la Lybie et l’année suivante, 5022 personnes ont perdu la vie au large de l’Italie en cherchant à rejoindre l’Europe.

Même une fois arrivés sur le territoire italien, la situation de ces migrants restent plus que fragile. Ainsi, l’année dernière, seul 4,5% des réfugiés en Italie ont pu bénéficier du plan de relocalisation des réfugiés (contre 9,9% pour la France et plus de 30% pour des pays comme la Finlande). De plus, les migrants doivent affronter le contexte politico-social déjà critique du sud de l’Italie (la région Calabre par exemple est une des plus pauvres d’Europe).

Le gouvernement de centre-gauche avait toutefois mené jusqu’ici, tout du moins sur le plan officiel, une politique d’asile assez favorable aux populations exilées mais cela pourrait bientôt changer.

Le 12 avril dernier, le Parlement italien a adopté à 56% des voix la loi Minniti-Orlando (du nom du ministre de l’Intérieur Marco Minniti et du ministre de la Justice Andrea Orlando, tous deux appartenant au Parti démocrate) qui se compose de deux décrets distincts : le premier portant sur la sécurité et le second sur l’immigration. Ce-dernier a été très fortement critiqué par une large frange de la gauche italienne en ceci qu’il comporte des articles qui s’opposent ouvertement à l’accueil des réfugiés en facilitant les mesures d’expulsion.

Ce décret prévoit en effet la création de 20 nouveaux centres d’expulsion pour les migrants en situation irrégulière (qui par ailleurs changeront de noms en passant de CIE, centre d’identification et d’expulsion, à CPR, centre permanent de rapatriement) avec pour objectif assumé d’accélérer la fréquence de reconduite dans leur pays des immigrants arrivant illégalement en Italie. Le coût de cette politique anti-migratoire a été estimé à près de 19 millions d’euros par an. La nouvelle loi stipule également la suppression de la possibilité pour les demandeurs d’asile de saisir la Cour d’appel après un refus de la Commission territoriale et du Tribunal civil. D’ailleurs, ce-dernier devra dorénavant étudier chaque demande d’asile sur dossier et non plus à la suite d’audiences comme c’était le cas auparavant, rendant par conséquent bien plus difficile l’obtention du droit d’asile.

Des protestations ont donc été soulevées par plusieurs associations préoccupées par le sort des réfugiés (comme Médecins sans frontières et la Confédération générale italienne du travail) ainsi que par des partis de la gauche social-démocrate italienne. Cette loi a ainsi contribué à cristalliser les diverses opinions et à mettre un terme radical à la recherche de solution pour accueillir les réfugiés.

Le décret Minniti-Orlando constitue en effet un important bond en arrière, en officialisant une politique inhumaine d’expulsion des migrants. Il pourrait ainsi s’apparenter à une banalisation de la déshumanisation des réfugiés, parqués dans des centres où leurs conditions de vie sont déplorables et où ils attendent d’être renvoyés contre leur volonté dans leur pays d’origine. Cette politique anti-immigrationniste, aux relents xénophobes (bien que cela n’était probablement pas le message que souhaitait véhiculer le gouvernement) est particulièrement malvenue dans le contexte socio-politique actuel et contient en elle des accents berlusconiens non sans rappeler la montée du populisme de droite en Europe et sur le plan international. Et comme l’ont rappelé les nombreux opposants à ce décret, sans bafouer directement les droits de l’homme il flirte tout de même avec la limite de l’acceptable ce qui pose d’importantes questions sur sa constitutionnalité et sa moralité. Le gouvernement ainsi que le Parlement italien ne doivent alors pas s’abandonner à la pression anti-immigration et à la facilité en cédant à la xénophobie ambiante mais devraient plutôt se focaliser sur la recherche de solutions durables, morales et humaines pour accueillir ces réfugiés.

E. Michaut

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